Patrice Gaudreault
Le Droit
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MICHEL LAFLEUR, Le Droit
Stephen Harper, leader de l'opposition officielle et chef de l'Alliance canadienne
Stephen Harper n'a jamais rêvé de faire carrière en politique. Né en banlieue de Toronto, l'actuel chef de l'opposition officielle n'avait qu'un objectif en tête : devenir un membre productif de la société. « Au lieu de cela, lance-t-il, un sourire en coin, j'ai rencontré Preston Manning qui m'a convaincu de devenir politicien ! »
Né d'un père libéral et d'une mère conservatrice, le chef de l'Alliance canadienne n'avait que 15 ou 16 ans lorsque la politique lui a tendu la main pour la première fois. Président du club libéral de l'école secondaire, son ami d'enfance, le journaliste Paul Watson, aujourd'hui au Los Angeles Times, lui fait alors signer une carte de membre du parti.
« À cette époque, je préférais les libéraux de Trudeau aux conservateurs de Clark », avoue-t-il, en entrevue avec Le Droit.
Comme c'est souvent le cas à l'adolescence, cette histoire d'amour ne verra jamais le printemps.
Stephen Harper fera finalement ses premières armes en politique au début des années 1980, en tant qu'adjoint parlementaire du député conservateur de Calgary-Ouest, Jim Hawkes.
Encore une fois, la lune de miel sera de courte durée. Insatisfait des politiques de Brian Mulroney, le jeune homme de 25 ans décide de retourner à l'université, question de décrocher sa maîtrise en économie.
C'est là qu'il fera la rencontre du fondateur du Parti réformiste, Preston Manning, qui l'invite à participer au développement de la plate-forme de la nouvelle formation.
« Je pensais que ce parti n'allait jamais gagner de sièges, se rappelle-t-il. Je faisais ça plutôt comme un hobby. Plus tard, j'ai décidé de devenir candidat, simplement parce qu'on avait besoin de quelqu'un. »
Nous sommes alors en 1988, et Stephen Harper n'a toujours aucune intention de devenir politicien. Dans une entrevue accordée au Toronto Star, son ancien patron, Jim Hawkes, se rappelle d'une conversation qu'avaient eu les deux hommes à l'époque.
« Ils me mettent beaucoup de pression pour que je me présente, aurait confié un jeune Harper. Je ne veux pas devenir politicien, donc je vais me présenter dans Calgary Ouest. C'est le comté que je suis absolument certain de perdre. »
L'histoire lui a donné raison, même s'il a réussi à recueillir quelque 10 000 votes… « ce qui était pour moi une grande surprise ». En 1989, l'élection de la première députée réformiste, Deborah Grey, lui offre l'occasion de déménager ses pénates à Ottawa, où il devient son adjoint parlementaire.
Il réussira finalement à se faire élire dans Calgary Ouest, aux élections de 1993, en défaisant un certain… Jim Hawkes !
La politique de l'humour
Derrière son air réservé de premier de classe, Stephen Harper cache un sens de l'humour hors du commun. « Peut-être un peu trop bon pour faire de la politique », dit-il, suscitant un rire d'approbation de ses deux attachés de presse, assis à deux pas de lui.
Père de deux enfants, Benjamin, 6 ans, et Rachel, 3 ans, il entend quitter sa résidence officielle d'Ottawa, au cours des prochains jours, afin de passer le temps des Fêtes en famille, à Calgary.
À l'approche du Nouvel An, le leader allianciste n'a pas réfléchi aux résolutions qu'il entend prendre, si ce n'est celle « d'avoir un peu plus de fun dans mon travail ».
« C'est possible, dit-il, en riant. Je n'ai qu'à regarder les libéraux chaque jour pour m'amuser ! »
À cet effet, Stephen Harper se rappelle de sa toute première journée aux Communes à titre de chef de l'Alliance canadienne, le 21 mai dernier. Le premier ministre Chrétien avait alors fait remarquer à son vis-à-vis — qui n'avait que 4 ans lorsque le p'tit de Shawinigan est arrivé à Ottawa — qu'il s'agissait de son huitième chef de l'opposition en carrière et qu'il attendait avec impatience l'arrivée du neuvième.
Sept mois plus tard — une éternité en politique — la dynamique a bien changé entre les deux hommes.
« Maintenant, c'est un peu différent, convient Stephen Harper, en se frottant les mains. Avec Paul Martin, j'ai déjà mon deuxième premier ministre. Le problème, c'est que mon premier est encore là ! »


